Actualités de la bio

Réuni à Budapest les 31 mai et 1er juin 2011 dans le cadre de la présidence hongroise de l'Union européenne, le 5ème Congrès organisé par IFOAM Europe a permis d'entendre le commissaire européen, Dacian Ciolos, les Ministres de l'agriculture Hongrois, Lituanien et Polonais de l'agriculture, ainsi que les représentants du secteur des 27 pays membres.

Consensus sur la fin du modèle agro-industriel

 

Marek Sawicki, ministre polonais de l'agriculture, qui présidera au 1er juillet prochain le conseil des ministres de l'union européenne, a rappelé les revendications de son pays pour la réforme de la PAC. Il souhaite en finir avec les « références historiques » de production qui maintiennent un statu quo pour les agricultures de l'Ouest, non représentatives de la grande majorité des agricultures européennes. En septembre, il compte organiser un débat du conseil des ministres de l'agriculture sur l'agriculture aujourd'hui en Europe ainsi qu'une conférence à Bruxelles sur la fertilité des sols et la manière de les restaurer ou les maintenir.

 

Alors que son propre fils convertit la ferme familiale à la bio, il a affirmé « nous nous approchons de la fin de l'ère des agents chimiques, il nous faut remonter à nos racines et revenir aux méthodes traditionnelles qui doivent être développées et améliorées ».

 

Si, au regard des 95% de fermes familiales en Europe, le futur de l'agriculture européenne doit être celui du modèle de l'exploitation familiale, aux pratiques durables et diversifiées, garantes de l'emploi agricole, M.Sawicki a précisé « qu'il ne fallait pas être naïf et que le chemin ne sera pas sans à coup face aux défis de la productivité et des prix, déterminant de la consommation des ménages les plus pauvres. >> voir sa vidéo

 

Son homologue hongrois, Fazekas Sándon, est allé plus loin encore en posant une question de fond : « jusqu'à quand l'union européenne sera-t-elle auto-suffisante? ». Pour lui, le système mondialisé ne pourra être soutenu très longtemps à la fois par la dépendance des pays à l'export comme à l'importation (notamment d'intrants agricoles). Ce système de commerce libéralisé  international (lire « marché forcé ») est aussi celui des « marchés protégés », il n'empêche pas une logique de baisse des prix agricoles qui remettent en cause la sécurité sanitaire et les revenus des producteurs, lesquels voient la valeur ajoutée partir vers les intermédiaires.

 

En réponse notamment à l'interpellation du président de la FNAB sur les objectifs chiffrés du développement de la bio en Europe, Dacian Ciolos, a rappelé ses 3 objectifs pour une agriculture européenne durable: la sécurité alimentaire, une bonne exigence de gestion des ressources naturelles et une équitabilité entre les territoires ruraux en Europe. Ces 3 objectifs doivent être défendus et promus au sein des 2 piliers de la PAC. Ainsi, le premier pilier devra encourager les rotations, les pâturages permanents et les bandes enherbées. Cette approche générale sera complétée par une 2ème pilier renforcé et doté d'un paquet de mesures larges pour développer l'agriculture durable. L'agriculture biologique devrait être spécifiquement encouragée dans ce cadre. >> voir sa vidéo

 

Comme à Mûr de Bretagne en septembre dernier, à l'invitation du réseau FNAB, il a rappelé que si la nouvelle PAC devrait offrir des instruments pour le développement de l'agriculture biologique, chaque Etat membre sera responsable de leur mise en œuvre. Si la subsidiarité s'applique pleinement (et donc la nécessité de convaincre les états de ces mesures), des indicateurs précis seront mis en place par la Commission européenne « pour que chacun assume ses responsabilités ».

 

Opportunité de marché ou manière spécifique de faire de l'agriculture? Pour une réaffirmation des valeurs de l'agriculture biologique

 

Le ministre Lituanien a témoigné de la très forte croissance de l'agriculture biologique dans son pays ces deux dernières années, laquelle représente un « bien public » dans sa manière de produire une agriculture qui préserve l'environnement. Cette reconnaissance et réaffirmation de la valeur sociétale de l'agriculture biologique doit, selon lui, être encadrée: « les exploitants bio doivent bénéficier d'aides liées à un système de production diversifié, de type polyculture élevage, et non mono cultural. » Pour lui aussi, l'agriculture biologique est créatrice d'emplois et d'activité dans le cadre d'une agriculture familiale qu'il faut privilégier face à l'agriculture industrielle.

 

Le Commissaire européen a conclu sa première intervention par des propos personnels à l'intention du public: « vous ne devez pas perdre vos valeurs sous la pression de la demande du marché. Il ne faut pas être victime de son succès en se diluant pour quelque argent de plus. » Pour Dacian Ciolos, comme pour le chef de l'unité de agriculture biologique de la direction générale de l'agriculture de la Commission européenne (Jean-François Hulot), la clé du développement de l'agriculture biologique passe par l'innovation et la recherche. Le Commissaire européen n'a pas manqué de rappeler que l'histoire commence à peine pour l'agriculture biologique avec « une vraie responsabilité au regard du soutien de plus en plus fort de la société et des pouvoirs publics. »

 

La Commission européenne va donc procéder à une consultation en 2012 pour actualiser son plan datant de 2004. Il fut rappelé que ce plan en forme de souhait ou promesse (a « wish »), reposait sur la reconnaissance du double rôle de l'agriculture biologique en tant que marché et enjeu de société. Parmi les 5 grandes actions cadres envisagées (remplaçantes des 21 actions du plan de 2004), une portera sur cet enjeu des valeurs de l'agriculture biologique (économique, réglementaire, technique...) clairement distinctives d'une agriculture conventionnelle industrialisée.

 

La compétitivité de la bio se joue dans la confiance des consommateurs qui acceptent de payer plus pour le coût des « biens publics » produits par l'agriculture biologique. Ils ne sont pas seulement dépendants des compensations financées par les pouvoirs publics. Pour Andrea Ferrante, président de l'AIAB, la compétitivité de la bio ce sont d'abord et avant tout ses règles exigeantes de production. Il a plaidé pour un nouveau plan européen qui soutienne ces valeurs et ces pratiques tout en facilitant le travail des organisations paysannes européennes dans leurs programmes d'innovations techniques, économiques et promotionnelles au plus près du terrain, des consom'acteurs, très loin d'une approche marketing et publicitaire.

 

>> retrouvez le discours de Dacian Ciolos en date du 31 mai 2011 (en français)

 

>> les vidéos du congrès sur You tube