Eau


Alors que les services du ministère de l’environnement viennent de confirmer le coût exorbitant de la pollution agricole de l’eau, alors que les 6 Agences de l’eau travaillent avec l’Etat, les collectivités territoriales et les acteurs de l’eau à l’élaboration du 10ème programme d’intervention (2013-2018), la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique en partenariat avec le GAB IDF, avec le soutien de l’Agence de l’eau Seine-Normandie et le Conseil Régional d’Ile-de-France organisait le jeudi 24 novembre 2011 un colloque intitulé « l’agriculture biologique au service de la protection de l’eau : un enjeu de politiques agri-environnementales et territoriales » afin de présenter les réussites de terrain de l’agriculture biologique en matière de protection de l’eau dans les zones prioritaires. Ce colloque a réuni plus de 300 personnes et permis d’apporter des éléments de réponses concrets à l’ensemble acteurs territoriaux qui s’investissent ou souhaitent s’investir dans le développement de l’agriculture biologiques sur leur territoire. Retour sur les échanges et faits marquants de ce colloque.

 

  

 

 


 


Bernard Rousseau, pilote du pôle Ressources en eau et milieux naturels aquatiques de France Nature Environnement (FNE) et membre du Comité national de l’eau (CNE) a souligné la situation catastrophique de la ressource en eau en France et l’urgence de la reconquête de sa qualité.

Les eaux souterraines sont polluées durablement par les nitrates et les pesticides, entrainant l’abandon progressif de captages d’eau potable. Les moyens déployés pour lutter contre ces pollutions sont modestes et les mesures agricoles mises en œuvre sur les zones à enjeu eau restent inefficaces. Les objectifs de la Directive européenne Cadre sur l’Eau (DCE) et du Grenelle de l’environnement visant au bon état écologique des eaux d’ici 2015 ne seront pas atteins et les contentieux européens pour non respect des directives (DCE, Nitrates, etc.) se multiplient.

 

 

L'intervention vidéo de Bernard Rousseau (FNE)

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Raoul Leturcq, référent Eau du réseau FNAB, partage ce constat alarmant et relève dans les rapports du Conseil d’Etat, de la Cour des comptes « l’insuffisance des actions des Agences de l’eau sur les pollutions d’origine agricole » et dans le rapport du CGEDD les « 54 milliards d’euros par an » qui seraient nécessaires au traitement des excédents d’élevage et d’agriculture et les sous-estimés « 522 milliards d’euros soit près de la moitié de la dette française » pour la dépollution du stock des eaux souterraines. La situation et les chiffres contreviennent aux objectifs de diminution du coût de traitement de l’eau et de non dégradation des masses d’eau fixés dans le cadre de la DCE.

« Les agriculteurs sont sans le savoir des producteurs d’eau» insiste Raoul Leturcq, « il est nécessaire qu’ils prennent conscience de l’impact de leur pratique sur la qualité de l’eau ». Pour Raoul Leturcq, une nouvelle politique de l’eau et des changements dans les instances sont indispensables pour une lutte efficace contre les pollutions diffuses d’origine agricole. Son point de vue est partagé par Anne Le Strat, récemment élue présidente du Comité de Bassin Seine-Normandie qui affirme que « le 10ème programme d’intervention des agences de l’eau ne pourra pas se contenter de renforcer ce qui est déjà fait ». Ce 10ème programme est un outil qui pourrait permettre de « changer de braquet », d’impulser un réel changement de pratiques et des dynamiques de développement de l’AB sur les AAC.

La DCE fixe des obligations de résultat avec des budgets contraints. Il faut « cibler des mesures agricoles efficaces visant la qualité de l’eau. » Raoul Leturcq se fait le relai des travaux de Gilles Billen (CNRS- PIREN Seine) sur les nitrates sur le bassin de la Seine qui montrent que « la généralisation des bonnes pratiques agricoles ne suffira pas, et, que seule l’agriculture biologique peut inverser la tendance vis-à-vis de la qualité de l’eau ».

Sur le terrain, les blocages comme le manque d’implication de certains organismes de développement agricole (ODA) restent encore à lever.
Raoul Leturcq confirme la détermination de la FNAB et de son réseau d’accompagner ces changements, d’être force de propositions. En convention avec les Agences de l’Eau, le réseau FNAB dispose d’outils d’animation, d’aide à la décision, d’accompagnement d’actions de préservation de la ressource en eau. 12 sites pilotes ont été définis sur les zones à enjeu eau et testés en « grandeur nature » sur le développement des systèmes de production biologiques. Les premiers retours d’expériences et résultats sont attendus en 2012. Un de ces 12 sites pilotes est une des AAC de la ville de Paris. Anne Le Strat également présidente d’Eau de Paris a souligné la dynamique de développement de l’AB sur ce territoire et l’engagement d’Eaux de Paris par des actions spécifiques sur le foncier, d’animation et d’accompagnement adapté et des MAET revalorisées.

 

L'intervention vidéo de Raoul Leturcq (FNAB)

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Anne Le Strat a également avancé quelques pistes d’actions « innovantes de soutien aux coopératives de la filière biologique » ou « de contractualisation avec les agriculteurs sur le modèle des collectivités allemandes » que pourraient explorer les collectivités locales et les Agences de l’eau sur les AAC.

Développer l’agriculture biologique dans les zones de captage : la preuve par le terrain
 
Outre l’expérience d’Eau de Paris présentée par Anne Le Strat, trois expériences significatives développées au cours du colloque ont permis de lister les leviers et les nouveaux moyens d’actions pour restaurer la qualité de la ressource en eau, dans des contextes différents (productions, contexte pédoclimatiques, milieu rural ou périurbain), à échelon et compétence du territoire variables (PNR, syndicat d’eau potable, municipalité, communauté d’agglomération, organisme de développement agricole).

 

L'intervention vidéo d'Anne Le Strat (Eaux de PAris, Comité de bassin Seine Normandie)

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la suite du colloque dans les articles "développer l'AB dans les zones de captage: la preuve par le terrain" et "Protection de l'eau et AB: une question de volonté politique"

Le dossier complet du colloque peut être téléchargé ici

La synthèse provisoire ici