Eau

Le 24 novembre 2011, la FNAB, le GAB ile-de-France, avec le soutien de l'AESN et de la Région Idf, ont organisé un colloque sur la protection de la ressource en eau par l'AB. L'occasion de valoriser des actions et expérimentations de terrain.

 

Outre l’expérience d’Eau de Paris présentée par Anne Le Strat, trois expériences significatives développées au cours du colloque ont permis de lister les leviers et les nouveaux moyens d’actions pour restaurer la qualité de la ressource en eau, dans des contextes différents (productions, contexte pédoclimatiques, milieu rural ou périurbain), à échelon et compétence du territoire variables (PNR, syndicat d’eau potable, municipalité, communauté d’agglomération, organisme de développement agricole).

Communauté d’agglomération Seine-Eure (27)
François Merle, rapporteur de la commission environnement et milieux aquatiques
Régis Petit, directeur des services en charge de l’eau et de l’assainissement à la CASE
 
Les élus de la CASE ont pris un engagement fort en décidant de mener des « actions de préservation de la ressource en eau ».
Le champ captant des Hauts Prés assure l’approvisionnement en eau potable des deux tiers de la population (40 000 habitants) de la communauté d’agglomération Seine-Eure (CASE). Sur ce secteur, la CASE a pour objectif l’amélioration de la biodiversité et de la continuité écologique, de valorisation pédagogique, tout en « maintenant une activité économique agricole en zone périurbaine ».
Les élus de la CASE ont souhaité mette en place une agriculture sous cahier des charges environnemental sur l’ensemble du périmètre de protection rapproché (PPR) de l’aire d’alimentation des forages des Hauts Prés. La CASE a réalisé l’acquisition foncière des 110 hectares que représente ce PPR et entamé une « réflexion et des actions autour de la conversion à l’agriculture biologique de ces parcelles et le développement d’une activité économique autour de circuits de proximité (restauration collective, ateliers de transformation, vente directe, etc.) ».
Ce projet s’inscrit dans « la politique de développement durable de la CASE (Agenda 21, contrat d’agglomération) » et est mené avec l’ensemble des partenaires territoriaux : Agence de l’eau, Conseil Régional, Conseil général, GRAB Haute-Normandie, etc. A ce jour, 80 ha de grandes cultures sont en cours de conversion, et les premiers maraîchers s’installeront en 2012 sur la zone de 30 ha dédiée au maraîchage.
Ce témoignage montre qu’il est possible de combiner développement économique, insertion et action environnementale à travers un projet de développement territorial de l’agriculture biologique !

Opération de Reconquête de la Qualité de l’eau de Saint Aubin Sars Poterie (59)
Sarah Staub, chargée de mission eau et agriculture biologique au Groupement des agriculteurs biologiques du Nord-Pas-de-Calais

Pionnière en Nord Pas-de-Calais, cette opération a permis depuis 2006, de réduire l’usage des produits phytosanitaires, principales source de contamination de l’eau produite sur ce territoire de polyculture élevage. Gestion différenciée des espaces verts et pratiques agricoles respectueuses de l’environnement sont les ingrédients d’un succès fondé sur une démarche partenariale, le dialogue et la proximité avec le monde agricole. « Quand l’ORQUE a été lancé sur le site pilote de St Aubin Sars Poterie, nous n’avons pas considéré nos divergences comme des oppositions de principe, mais comme des inquiétudes, qu’il fallait prendre le temps de rassurer » indique Sarah Staub. L’objectif est de convaincre, par l’échange oral et des bonnes pratiques, que l’agriculteur a intérêt à changer ses pratiques. « Une fois le dialogue instauré, les agriculteurs conventionnels ont demandé spontanément à faire un diagnostic de simulation du passage de leur exploitation à l’agriculture biologique ».
Ainsi, le GABNOR a proposé un accompagnement collectif aux agriculteurs de Saint Aubin Sars Poteries afin de démontrer la faisabilité de la bio, de former sur les pratiques mises en œuvre par les agriculteurs biologiques et d’informer sur les débouchés existants dans le territoire et un accompagnement individuel avec la réalisation du diagnostic Performance et Protection de l’Eau, le suivi technique, ou l’appui au montage de dossiers d’aides. Ce diagnostic est un outil clef du dispositif, il a été conçu spécifiquement afin d’évaluer l’impact des pratiques des producteurs sur la qualité de l’eau, définir des objectifs d’amélioration aux regards des exigences de revenus, de qualité de vie, etc. des producteurs, simuler les impacts du projet de conversion retenu sur les résultats technico-économiques et sur la qualité de l’eau, accompagner les agriculteurs dans leurs changements de pratiques. Après 3 ans d’action, les résultats de cette opération (élargie à l’Avesnois) :
-115 diagnostics de conversion réalisés,
- 38 certifications effectives, soient 37 nouvelles fermes bio (+119% de fermes en agriculture biologique),
- + 2925 ha bio (+136% de SAU bio),
- + 8 millions de L de lait.

Plaines et vallées de Niort (79)
Franck Michel, adjoint au Maire de Niort, délégué à la cohérence écologique, sociale et économique des politiques d’aménagement durable du territoire
Olivier Caillé, animateur au SMEPDEP de la Vallée de la Courance

Sur les plaines et vallées de Niort (79), zone de grandes cultures et polyculture-élevage, les élus locaux ont décidé « d’intégrer le programme Re-Sources en 2007 » pour protéger la qualité de la ressource en eau, partant du constat du coût exorbitant de construction et de fonctionnement d’une usine de dénitrification : « 10 cts d’€/m3, ça coûte cher au contribuable pour un service qui n’est pas satisfaisant » précise Franck Michel.
Initié en 1999, ce programme vise à reconquérir et à protéger l’eau potable du territoire. Il associe l’ensemble des acteurs sur les bassins d’alimentation de captage les plus dégradés par les activités humaines, majoritairement par les pollutions diffuses agricoles.
Depuis 2009, un programme spécifique eau et agriculture biologique et un projet MAET co-animé avec le CNRS ont été développés sur ce territoire dans le cadre du programme Re-Sources. La SAU en agriculture biologique progressant de 1 à 7% en 3 ans d’action.
Les facteurs explicatifs de ce dynamisme selon Olivier Caillé « l’enjeu biodiversité fournit une incitation supplémentaire à la mise en œuvre d’un accompagnement territorialisé destiné aux agriculteurs. Les aides massives engagés depuis trois ans donnent des résultats déjà significatifs. Au-delà des aides, gérées et définies par le territoire, ce sont l'accompagnement territorialisé des exploitants, leur mise en réseau, l'encadrement de groupes de réflexion et de travail qui emportent la mise et fidélisent les agriculteurs (…) des relais de terrain efficaces, la présence sur le territoire des trois structures (SEV, SMEPDEP, CNRS) a eu des effets positifs (…) des ODA et des coopératives qui s’impliquent (…) des producteurs bio présents et référents. Une synergie se créer lorsqu’un groupe d’agriculteurs, voisins ou collaborateurs, échange et réfléchit en commun à leur évolution de système, aux nouvelles techniques à mettre en place ».
Au-delà des mesures mises en œuvre sur les AAC, un partenariat avec la ville de Niort permet d’offrir des débouchés aux produits biologiques. Un marché de 900 000 €/an permet à la ville d’introduire des produits biologiques dans toutes les cantines scolaires. Cette dernière étudie aujourd’hui plusieurs formules pour financer la structuration logistique des filières biologiques sur le territoire. De plus, la ville a converti ces espaces verts à l’ « agriculture biologique » afin de montrer l’exemple.

 

>> voir les interventions introductives du colloque (B.Rousseau, R.Leturcq, A.Le Strat) ici

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